Cages de monstres et monstres en cages dans la Divine Comédie

Cages de monstres et monstres en cages dans la Divine Comédie

Depuis des siècles nous dessinons des structures en forme d’entonnoirs pour visualiser l’au-delà de la Divine Comédie : au fond, l’Enfer, une montagne conique pour le Purgatoire, et des sphères concentriques pour le Paradis. La perfection abstraite des cercles des planètes, avec ses roues de hiérarchies angéliques, nous englobe, vivants et morts, en son point le plus intérieur, froid et pesant : la terre. Ainsi le récit de la Comédie, aujourd’hui encore, nous capture-t-il sans notre accord conscient. Dante, vivant, marche dans et sur ces entonnoirs et il suit ses guides, Virgile et Béatrice, car il ne pourrait faire autrement l’expérience de son au-delà, chrétien et païen tout à la fois qui inclut tout culturellement : au côté des âmes et de leurs histoires secrètes se tiennent aussi les monstres, les créatures non humaines.

En effet, ce sont des créatures monstrueuses qui gardent chaque couronne circulaire de l’entonnoir damné, en descendant de niveau en niveau toujours plus bas. Les monstres infernaux sont des gardiens et des bourreaux, des piliers de la géographie et des instruments de la justice divine. Ils représentent également des emblèmes vivants des fautes qu’ils punissent, des formes organiques et chimériques du péché. Le mythe antique explique quelque chose de leur nouvelle identification comme images du mal. Dans cette optique, les monstres sont des individus extrêmement intéressants, qu’ils soient sur les terrasses ou dans les cellules du système pénitentiaire éternel que l’Enfer constitue. (Paola Allegretti)

En suivant un parcours de l’entrée de l’Enfer – où Minos accueille les damnés en leur attribuant leur cercle pour l’éternité – jusqu’au fin fond du Cocyte – où Lucifer dévore ceux qui ont commis le plus grave des péchés, la trahison – les visiteurs découvrent différents corps sous différentes formes. L’hybridation entre caractéristiques humaines et monstruosités animales des Erynnies et de Minos (salle 1) fait écho à l’immoralité des faussaires qui se battent sauvagement ainsi qu’à la déshumanisation d’Ugolin (salle 3). Elles s’expriment dans un mouvement dont le contre-chant est constitué par la fixité du corps de Lucifer (salle 4), immergé dans la glace. En effet, il campe au fond de l’Enfer, où les fleuves infernaux font converger tous les maux qui se figent dans le Cocyte, tel un roi déchu, condamné à la captivité éternelle. Les Minotaures des frères Brizzi et de George Frederic Watts sont saisis dans une même attitude statique (salle 2). Leur corps puissant semble momentanément apaisé dans une sorte de contemplation mélancolique. Nombre de corps en mouvement accompagnent le passage vers le Paradis (salle 5) à travers la monstruosité multiforme, tantôt animalière de la bête à sept têtes et dix cornes, tantôt à l’apparence humaine de la prostituée. Sur cette inquiétante corporéité métamorphique plane la figure éthérée de l’aigle, créature bénigne formée par les âmes des bons gouverneurs, qui transporte les visiteurs au ciel de Jupiter. (Chiara Zambelli)

Crédits

Paola Allegretti, Silvia Argurio, Attilio Cicchella, Cyril Devès, Federica Maria Giallombardo, Diego Pellizzari, Giulia Puma, Paolo Rigo, Giampiero Scafoglio, Chiara Zambelli